— Sticky Asia

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Inde

Depuis quarante ans, ce commerçant indien consacre sa vie et son temps à surveiller le gouvernement d’un regard auquel rien n’échappe.

La seule distraction que Subhash Chandra Agrawal se soit jamais accordée est l’écoute en boucle de la chanson Wo kagaz ki kashti, wo barish ka paani [“Jouer avec des bateaux de papier dans l’eau de pluie”, N.D.L.R.], une élégie du temps perdu. “Ça me rappelle mon enfance. Il n’y avait pas de pollution, de bruit, d’air conditionné, de téléphones portables. J’avais l’esprit libre” dit le marchand de textile de 62 ans, assis dans son bureau de la haveli familiale nichée derrière le gurdwara de Chandni Chowk, l’artère mythique et bouillonnante du vieux Delhi. “Chacun a sa propre passion. Pour certains ce sont les cartes, d’autres ce sont le jeu, moi c’est écrire des lettres. C’est à la fois mon plaisir et mon loisir.” La dernière fois que Subhash Chandra Agrawal se rappelle être parti en vacances, c’était en 1975. Il aurait dû avoir 15 jours. Il n’en prit que 10.

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Je prends quelques minutes pour sortir ce blog de la léthargie dans laquelle une actualité sud-est asiatique comateuse l’avait plongé afin de réagir à un article du Figaro.fr repéré sur Twitter. Sous le titre “À Bombay, le nombre de SMS autorisés est de vingt par jour“, il y est relaté que l’État du Maharashtra avait changé, jeudi 23 août, le nombre de textos autorisés par portable de 5 à 20. Si le chiffre et la date sont en effet exacts, l’article se trompait déjà en limitant à Bombay une mesure nationale. À Delhi, de nombreux amis avaient dû se rabattre sur des statuts Facebook et autres tweets pour se souhaiter une bonne Aïd al-Fitr (fin du ramadan).

J’ai par contre bondi au plafond en lisant la raison invoquée par LeFigaro.fr : “pour restreindre les envois de messages par les télédémarcheurs” est-il écrit. [Digression : Si l'auteur avait déjà mis les pieds dans le pays, elle saurait que les messages publicitaires augmentent au contraire et sont l'une des raisons qui permettent aux opérateurs d'offrir des tarifs si faibles. Lors de mon dernier séjour en juin/juillet, mon portable local recevait environ une pub toutes les deux minutes... ] Quiconque a suivi de près ou de loin les médias internationaux ces dernières semaines sait que l’Inde est en proie, depuis début juillet, à des troubles intercommunautaires, opposant l’ethnie bodo aux musulmans, dans l’État de l’Assam (est du pays) ayant fait 87 victimes à ce jour (source : Hindustan Times). En soit rien de neuf sous le soleil, les troubles ethniques sont malheureusement une récurrence de l’Histoire et l’actualité indiennes et ce conflit n’a pas un ADN bien différent des autres (pour ceux qui souhaitent le comprendre plus en profondeur, The Economist en a un bon récapitulatif). Sauf que, dans ce cas précis, des rumeurs ont commencé à circuler par portable. Des SMS et MMS, photos manipulées de cadavres à l’appui, encourageaient les nord-est Indiens à rentrer chez eux avant la fin du ramadan afin de leur éviter des représailles de la part des communautés musulmanes à travers le pays. Exodes de masse et émeutes musulmanes d’indignation en ont résulté. Pour endiguer ce mouvement, le gouvernement indien a décrété la limitation des envois de textos et le bloquage de nombreux sites web.

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Secteur 27, Gurgaon, Haryana, Inde

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Je suis tombé tout à l’heure sur cette vidéo absolument magnifique de la fête indienne de Holi. Dans une ambiance souvent dopée au bhang lassi (je ne vous fais pas de dessin…), les Indiens se projettent des pigments de couleurs à travers la journée pour fêter le printemps. Le cadre est évidemment photogéniquement incroyable (vous avez forcément vu certains des fameux clichés de Steve McCurry) mais certainement beaucoup plus dur à saisir en vidéo. Et pourtant ce petit film y réussit à merveille.

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Janus existe, il s’appelle David Coleman Headley. Nul ne pourrait mieux illustrer l’ambivalence des deux visages de ce dieu romain que ce Pakistano-Américain impliqué dans les attentats de Bombay de 2008. D’accro à l’héroïne, l’homme en est venu à travailler comme agent secret pour la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine au Pakistan avant de se lancer dans le jihad après plusieurs passages dans les camps d’entraînement du groupe islamiste Lashkar-e-Taiba. Il a effectué, sous couverture, les repérages des attentats de Bombay en filmant les différents lieux stratégiques afin d’arrêter le choix des cibles et de permettre au groupe armé (les militants du commando n’avaient jamais mis les pieds à Bombay) de s’orienter le jour de l’attaque. Il a été arrêté en 2009 alors qu’il planifiait un attentat sur les locaux du journal danois ayant publié les caricatures de Mahomet.

Le site d’investigation américain ProPublica a sorti ces jours-ci une incroyable enquête sur la trajectoire du personnage.L’enquête soulève notamment la question : David Coleman Headley était-il encore un agent secret pour le compte des services américains alors même qu’il baignait dans la préparation d’opérations terroristes ? Si sa collaboration avec la DEA a officiellement cessé en 2002, le doute persiste : malgré de multiples alertes et témoignages, les autorités américaines ne l’ont jamais arrêté alors même qu’elles possédaient tout un dossier sur lui. La question reste donc ouverte de savoir si Headley n’était pas en réalité encore un agent double protégé par les services américains (DEA, FBI ou CIA). Les autorités nient bien sûr formellement cette possibilité.

ProPublica, qui a cette particularité d’être un média d’investigation (la vraie, la pure, la dure, la longue) financé par de riches philanthropes, est à la pointe de la couverture des sombres et complexes attentats de Bombay. Son journaliste Sebastian Rottella est notamment l’auteur de la meilleure enquête, à ma connaissance, sur ces attaques. Paraphraser cette reconstitution de l’histoire de David Coleman Headley étant faire insulte à ce travail titanesque, je reproduis donc ici l’intégralité de l’article (en anglais) comme me l’autorise la licence Creative Commons qui préside au modèle de ProPublica (“Steal Our Stories” clament-ils). Gardez surtout bien en tête que ceci n’est pas de la fiction…

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D’habitude notre Premier Ministre ne parle pas. Mais lorsqu’il le fait, alors personne ne l’écoute.

Lancée dans un hindi enflammé, la tirade d’une députée de l’opposition vient se heurter au visage impassible du Premier Ministre indien Manmohan Singh. Assis sur les bancs la Lok Sabah (chambre basse indienne), il assiste en cette fin août 2011 à un défilé de parlementaires s’insurgeant contre la corruption généralisée du pays et réclamant la mise en place de sévères mesures. À quelques kilomètres de là, l’activiste Anna Hazare (loin, bien loin, d’être le “nouveau Gandhi” porté aux nues par certains médias) galvanise les foules pour sa campagne populiste en faveur d’une administration anti-corruption. Et Manmohan Singh ne souffle mot.

L’excellente revue The Caravan, qui est à l’Inde ce que le New Yorker est aux États-Unis, consacre ce mois-ci un long et passionnant portrait à son Premier Ministre. Deux ans et demi après le début de son second mandat, le porte-étendard de la libéralisation de 1991, le technocrate irréprochable, l’économiste rigoureux est emporté dans une tempête qu’il ne semble plus guère contrôler. Pire que l’amour ou la haine…le ridicule.

L’homme qui espère “laisser une note de bas de page dans la longue histoire de l’Inde” sera-t-il perçu comme une figure tragique par les historiens? Partisans ou opposants, peu seraient enclins à la lui refuser cette fameuse note de bas de page. Probablement même bien plus. Car sous son impulsion, c’est bien un demi-siècle de politique congressiste, le legs de la longue dynastie des Nehru-Gandhi, qui s’est vu démantelé. Il a administré à l’économie planifiée un coup fatal, il a renvoyé la politique de non-alignement dans le passé. Pour le meilleur et pour le pire.

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Sticky Asia? L’Asie viscérale, celle qui colle à la peau? L’Asie crasse à l’exotisme raclé? Ou bien même l’Asie de l’incontournable “sticky rice“?

À chacun d’interpréter ce titre à l’aune de sa propre imagination.

Des trépidations de l’actualité indonésienne au magnétisme d’une campagne laotienne, de la fange des bidonvilles indiens à la rutilance des centres commerciaux thaïlandais, Sticky Asia sera un blog consacré à l’Asie du Sud.

Visions, sons, senteurs, goûts, sensations. Thaïlande, Indonésie, Laos, Cambodge, Vietnam, Malaisie, Birmanie, Philippines. Inde, Népal, Sri Lanka, Bangladesh. Peut-être même une pincée de Pakistan, un soupçon de Chine.

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