Dans une suite du seizième étage de l’hôpital Siriraj de Bangkok, le neuvième règne de la dynastie Chakri se meurt. De sa fenêtre, le roi Bhumibol Adulyadej, 84 ans, bénéficie d’une vue imprenable sur la capitale de ce pays sur lequel il règne depuis 62 ans, cette capitale dans laquelle il a vu des gratte-ciel supplanter les maisons de bois, cette capitale dans laquelle il a vu le métro aérien s”insinuer dans les grandes artères, cette capitale dans laquelle il a vu les malls rutilants terrasser les petits commerces. Dans les rues labyrinthiques à ses pieds, la loi de lèse-majesté fait des ravages au nom de ce vieil homme assis paisiblement dans sa chaise roulante, sa chienne Tongdaeng sur les genoux.
À intervalles réguliers, ce blog revient sur la loi de lèse-majesté en Thaïlande. Il n’y a là nulle malice ou pavlovisme quelconque. Je trouve tout simplement le cas d’étude fascinant : le verrouillage d’une société par un moyen détourné (les anglophones possèdent le mot “proxy” qui n’a malheureusement pas d’équivalent aussi précis en français) pour des raisons politiques (transition royale, influence de l’armée,…), sociales (lutte des classes,…) ou économiques (groupes d’intérêts affairistes,…). Ne vous y méprenez pas : l’utilisation qui est faite de la lèse-majesté ne porte en rien sur l’amour du roi, adulé par son peuple et colonne vertébrale de la cosmogonie thaïlandaise. Tout son enjeu réside dans l’intérêt d’un certain sérail de conserver un trône politiquement fort.
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